Un rythme plus lent

Avec les beaux jours, je retourne au jardin et à mes balades avec nos chèvres. Au cours de la période lumineuse de l’année que nous venons d’entamer, j’aurai donc un rythme plus lent sur ce blog. Cela dit, j’essaierai tout de même de poster au moins deux articles par semaine.

Je réserverai mes moments de peinture essentiellement à des projets de longue durée qui me tiennent à cœur. C’est pourquoi, il est probable que je montre assez peu de choses au cours des mois à venir !

En revanche, Nolween et moi allons traduire un certain nombre d’extraits du livre de Lucia Capacchione : The Creative Journal: The Art of Finding Yourself. L’auteur nous a officiellement accordé le droit de le faire. Nous tenterons de partager les exercices qui nous ont le plus marqué et rendu service. En espérant qu’ils vous soient également utiles à votre tour !

En attendant, voici un petit récapitulatif des traductions déjà réalisées :

  1. La naissance du Journal Créatif
  2. Tenir un journal créatif
  3. Les formes d’expression du journal créatif
  4. Utilisations du journal créatif
  5. Conseils pour la tenue du journal créatif
  6. Où tenir son journal créatif ?
  7. Tenir un journal créatif : à quel moment et à quelle fréquence ?
  8. Journal créatif : spontanéité.

Enjoy !

Tenir un Journal Créatif : à quel moment et à quelle fréquence ?

Expérimentations colorées.

Le stress de la semaine passée m’a permis d’explorer le journal créatif d’une nouvelle manière. Je me suis aperçue combien dessiner et peindre permettaient de me recentrer, d’organiser mes idées et de les considérer sous un nouvel angle. J’avais un grand besoin d’exprimer mes sentiments et émotions en profondeur. Une fois « sortis » de moi, je pouvais profiter pleinement des techniques de relaxation qui m’ont été d’une grande aide ! Bref, pour moi le journal a été un outil de pré-détente. Je poursuis ma traduction du livre de Lucia Capacchione : The creative journal.

Utilisez votre journal lorsque vous en avez envie. Écrivez ou dessinez quand :

  • Vous avez quelque chose à exprimer
  • Vous voulez travailler sur des exercices spécifiques
  • Vous désirez simplement être seul avec vous-même

Il est possible que vous souhaitiez travailler dans votre journal tous les jours, mais ce n’est, à mon avis, pas nécessaire. Si vous effectuez ce travail quotidiennement, vous pourriez souhaiter vous réserver un horaire régulier et un endroit qui vous conviennent le mieux. Personnellement, je trouve le moment juste avant d’aller au lit idéal, particulièrement après une journée très chargée. Cela m’aide à mettre les choses en perspective et à clarifier mon esprit avant d’aller dormir. J’utilise mon journal à différents moments, quand l’envie m’en prend. Je l’emporte souvent avec moi, dans un sac « spécial journal », et je l’utilise quand j’attends l’heure d’un rendez-vous, je voyage, ou pour « tuer le temps ».

Si vous travaillez sur vos rêves, il est important de les écrire ou de les dessiner au saut du lit pour ne pas les oublier. Vous pourriez ne pas avoir le temps de les décoder durant la matinée, mais au moins vous aurez la matière première consignée pour un usage ultérieur.

Où tenir son journal créatif

Je poursuis ma traduction du Creative Journal…

Le cadre physique a un effet important sur le travail du journal. Je vous suggère de trouver un lieu calme et privé qui soit confortable et favorable à la méditation ainsi qu’à l’introspection. Vous aurez peut-être envie de vous installer dans votre fauteuil favori ou à un autre endroit où vous vous sentez « comme à la maison » avec vous-même. Les exercices sont mieux exécutés dans une atmosphère de calme concentration sans aucune interférence ni distractions extérieures. Réservez-vous une plage horaire durant laquelle vous ne serez pas interrompu, de quinze minutes ou plus, selon le nombre d’exercices que vous souhaitez faire en une séance. Certains prennent plus de temps que d’autres, ainsi vous aurez besoin de prendre cela en compte.

The Creative Journal, the Art of Finding Yourself. Par Lucia Capacchione, Ph. D. Traduction personnelle.

Comment je me sens ?

Difficile de peindre dans un contexte explosif ! J’essaie de ne pas tomber dans le piège du stress. Malgré mes efforts, mon travail s’en ressent. Je perds goût à la peinture. Ma petite voix intérieure me pousse pourtant à ne pas baisser les bras et, même si je trouve mon travail inintéressant ces temps-ci, je suis consciente qu’il me permet d’exprimer mes émotions bien plus profondément qu’avec des mots et leurs limites. Alors, je peins pour moi. Dans mes carnets. Je ne suis plus mes émotions, je redeviens moi-même au fur et à mesure de mon exploration du journal créatif. C’est libérateur ! L’exercice pour faire le point sur ce que l’on ressent est efficace. Une fois les émotions exprimées, je suis fin prête pour me détendre :) Journal, je t’aime !

Je ne montre jamais les pages de mes journaux, parce que je les considère comme intimes. Mais aujourd’hui, j’ai envie de faire une exception, même si je trouve mon dessin maladroit et peu esthétique. En fait, je veux le montrer pour ces raisons là. J’ai envie de dire que même si on se sent déprimé (le gris du crayon de papier), on est tous capable de se sortir de cela en se concentrant sur notre propre lumière (arc-en-ciel) et notre cœur.

Conseils pour la tenue du Journal Créatif

Déesse des Arbres. Dessin au feutre et crayons de couleurs.

Bientôt la traduction des premiers exercices du Creative Journal, mais avant cela quelques voici quelques bons conseils :

Conseils pour la tenue du Journal Créatif

Ce livre est conçu comme un guide, une carte routière pour le voyage intérieur qui vous permettra de trouver vous-même. Il contient une série d’exercices, chacun avec son propre titre descriptif, son thème et son objectif. Je vous suggère de vous familiariser avec ces exercices en les réalisant une première fois dans l’ordre où ils apparaissent. Expérimentez-les. Découvrez comment ils peuvent fonctionner pour vous, ce qu’ils peuvent vous aider à accomplir.

Vous remarquerez que chaque exercice est divisé en sous-sections séparées par des lignes noires. Je vous recommande de faire une sous-section à la fois, comme ceci :

  1. Lisez les instructions dans la première sous-section, arrêtez-vous à la ligne noire.
  2. Faites cette sous-section de l’exercice.
  3. Passez à la sous-section suivante, lisez-la, et suivez les instructions.
  4. Continuez ainsi pour chaque sous-section jusqu’à ce que vous ayez terminé l’exercice entier.

Après vous être familiarisé avec les exercices de cette façon, je vous encourage à utiliser le livre selon tout ordre ou manière que vous désirez. Considérez-le comme un manuel de référence. Trouvez l’exercice qui convient le mieux à votre humeur ou votre besoin du moment, en utilisant la table des matières comme votre guide. Laissez votre voix intérieure vous conduire à la technique appropriée pour explorer et exprimer ce qui est en vous. Par exemple, j’ai appris que lorsque je me sens critique envers moi-même et que je doute de ma propre valeur, j’ai besoin de faire l’exercice « Soi Critique et Soi Confiant ». Pour moi, personnellement, il me débarrasse toujours de ces dénigrements personnels lancinants qui peuvent être tellement déprimants. Nombre de mes étudiants rapportent que, lorsqu’ils éprouvent des sentiments puissants dont ils ne savent pas ce qu’ils sont ou quoi en faire, ils utilisent l’exercice « Comment est-ce que je me sens ». Le simple fait d’exprimer leurs sentiments les aide à vivre plus pleinement et réalise des merveilles dans la libération et la résolution des émotions refoulées.

Concernant la forme des exercices eux-mêmes, il n’y a rien de sacré à leur sujet. Ils sont simplement des structures à l’intérieur desquelles improviser et utiliser votre propre créativité. Sentez-vous libre d’utiliser chaque exercice en partie ou dans son ensemble, de le transformer comme vous le souhaitez. Jouez avec et adaptez-le à vos besoins. Faites-le vôtre.

The Creative Journal, the Art of Finding Yourself. Par Lucia Capacchione, Ph. D. Traduction personnelle.

Utilisations du Journal Créatif

Oiseau arc-en-ciel. Aquarelle.

La suite de la traduction du Creative Journal !

Tenir un Journal Créatif : les utilisations

Dans le premier volume de son Journal, Anaïs Nin écrit, « Le journal m’a appris que c’est dans les moments de crise émotionnelle que les êtres humains se révèlent avec la plus grande vérité. J’ai appris à choisir ces points culminants parce que ce sont des instants de révélation. »

De nombreux auteurs de journaux intimes rapportent qu’ils ont commencé leur journal pendant une crise ou une transition majeure. Ces périodes sont habituellement marquées par des évènements importants, tels que :

  • l’obtention d’un diplôme
  • la quête ou le début d’une nouvelle carrière
  • se marier ou s’installer dans une relation sérieuse
  • la naissance d’un enfant
  • déménager dans un nouveau lieu
  • la séparation ou le divorce
  • la maladie
  • la mort d’un être cher

Ces évènements sont souvent accompagnés de sentiments profonds tels que la douleur, la perte, le chagrin, la confusion, la colère, la peur, l’insécurité. Dans de telles circonstances, une personne est souvent forcée de faire un peu d’introspection. C’est dans ces moments que la tenue d’un journal créatif peut être extrêmement utile en tant que moyen pour faire le tri des expériences de vie et des sentiments qui semblent accablants.

Bien sûr, on ne doit pas se trouver dans une mini-crise, ni même une crise majeure, pour bénéficier de l’exploration par le journal. Pour certains, il est une part essentielle d’un processus sans fin de croissance personnelle. Il peut être un endroit où exprimer joie, excitation et idées créatives, aussi bien qu’un lieu de refuge dans la tempête. Comme l’a dit un jour l’un de mes étudiants « Mon journal est devenu mon meilleur ami. Je peux tout lui raconter. »

The Creative Journal, the Art of Finding Yourself. Par Lucia Capacchione, Ph. D. Traduction personnelle.

Les formes d’expression du Journal Créatif

M. Pattéthick, incarne des peurs ridicules que je tourne en dérision. Encre aquarelle.

Je poursuis la traduction du Creative Journal. Je suis définitivement fan des idées de l’auteur et de sa capacité à les exposer clairement, sans jamais être directive. Chose rare et appréciable !

Les formes d’expression

Les exercices se font par le biais de différentes formes d’expression :

  • dessins, gribouillis et crayonnés
  • prose et poésie
  • dialogues dramatiques et lettres
  • graphiques et tableaux
  • couleurs, dessins abstraits, images et symboles

Si vous pensez que vous manquez de talents ou de créativité, certaines de ces formes expressives pourraient vous décourager. Prenez courage. Vous n’avez pas besoin d’un talent spécial ni d’une formation artistique pour faire ces exercices. Le but n’est pas de faire de l’art ou de la littérature, mais d’explorer le soi. Vous ne dessinez pas, ni n’écrivez, pour plaire à quelqu’un, ou pour obtenir l’approbation ou répondre à des normes imposées de l’esthétisme, qui vous sont extérieures. Souvenez-vous, le journal est fait par vous, pour vous. Le seul critique que vous devez gérer c’est vous-même.

Bien. La peur de faire quelque chose « d’horrible » peut être vraiment géniale, particulièrement pour les adultes qui n’ont fait aucun dessin depuis le jardin d’enfant. Une série de pages tirée du journal d’un homme illustre clairement cela (images 3-8). Après s’être descendu en flèche lui-même pour avoir fait « d’horribles » gribouillages, il brisa son blocage avec le dessin et fut capable d’exprimer quelques sentiments très profonds en un dessin magnifiquement poignant (image 9).

Image 9 : « Je me sens comme un petit animal sans défense, négligé, qui appelle pour qu’on lui donne amour et attention. »

Mon souhait est que vous vous détendrez et prendrez plaisir dans l’exploration des couleurs, des lignes, des formes, des textures, des images, des symboles et des mots. Laissez sortir jouer votre imagination et découvrez votre style personnel, unique, d’expression. Personne ne peut le trouver pour vous et il est préférable d’apprendre par la pratique.

Il est possible que vous trouviez plaisant le dessin et l’écriture créative une fois que vous vous serez donné la chance de vous y essayer dans une atmosphère sûre et de non-jugement. Nombre de mes étudiants ont découvert des aptitudes latentes pour les arts, à leur plus grande surprise. Bien sûr, si vous êtes déjà un artiste, poète, ou écrivain vous pouvez certainement bénéficier du travail du journal. C’est un excellent outil pour aiguiser les sensibilités et l’acuité. Les carnets de croquis, les carnets intimes et journaux ont été utilisés à cette fin à travers l’Histoire.

J’offre le Journal Créatif comme outil pour votre croissance et développement personnels. Dessinez, écrivez, ou utilisez n’importe quel médium avec lequel vous vous sentez à l’aise. Soyez attentif à ce qui est en train de se passer en vous et choisissez l’exercice qui semble offrir le meilleur canal pour exprimer ces sentiments intérieurs. Certains sentiments ou états se prêtent d’eux-mêmes à l’expression par les arts visuels, d’autres sortent plus facilement avec des mots. C’est à vous de choisir.

The Creative Journal, the Art of Finding Yourself. Par Lucia Capacchione, Ph. D. Traduction personnelle.

Tenir un journal créatif

Arbre lunaire. Aquarelle, encre dorée et feutre pigma. Peinture spontanée.

Je poursuis la traduction du livre, The Creative Journal, the art of finding yourself, de Lucia Capacchione.

Qu’est-ce que ‘tenir un journal créatif’ ?

La tenue d’un journal créatif est un outil de croissance personnelle par l’écriture d’un journal, et la réalisation de dessins dans celui-ci. Ce livre, en tant que guide pour la tenue d’un journal créatif, contient une série d’exercices conçus pour vous aider à trouver et aimer votre cher soi. Les exercices peuvent vous aider à :

  • exprimer sentiments et pensées
  • jouer avec de nouveaux moyens d’expression (couleur, images, symboles)
  • faire le tri des expériences en apparence fortuites dans votre vie
  • faire des choix et prendre des décisions de manière plus consciente
  • définir des changements et les mettre en application
  • avoir une image plus claire de votre potentiel créatif et savoir comment l’utiliser
  • gérer les blocages créatifs et les comportements négatifs
  • enrichir votre relation à vous-même et aux autres
  • trouver un sens plus profond à votre vie

Les exercices ont été pensés comme un tremplin pour votre propre croissance et style personnels d’expression. Je les ai organisés tels qu’ils sont généralement présentés lors de mes cours. Cette enchainement a très bien fonctionné pour mes étudiants ; en commençant avec le connu (présent et passé) et, ensuite, en se tournant vers l’inconnu (le futur qui est encore à façonner). Cependant, une fois que vous aurez terminé les exercices, vous êtes encouragés à les utiliser dans n’importe quel ordre qui vous semble bon pour vous. Suivez vos propres inclinations et humeurs. La table des matières liste les exercices par nom et elle est une référence toute prête pour trouver l’exercice qui sert le mieux votre but en tout temps.

Dans la tenue d’un journal, de nombreuses options s’offrent à vous. Vous pouvez :

  • modifier ou développer ces exercices
  • utiliser des exercices venant d’autres sources
  • inventer les vôtres
  • jeter les exercices au vent et vous exprimer spontanément

Il ne s’agit pas d’une méthode mais d’une approche ouverte avec laquelle jouer. Votre journal est un endroit pour vous lâcher, canaliser votre monde intérieur intime sous une forme tangible. La page devient un miroir pour vous voir vous-même plus clairement. C’est aussi un médium pour converser librement avec vous-même.

En commençant par communiquer avec vous-même en privé, vous pouvez ensuite développer votre capacité à communiquer avec les autres. Être clair avec vous-même ouvre la voie pour être plus clair avec les autres sur la manière dont vous ressentez les choses et sur ce que vous pensez, enrichissant vos relations et interactions sociales.

[…]

La naissance du Journal Créatif

Photo : Jim Ruebsamen, Santa Monica Evening Outlook.

Le Journal Créatif est « l’invention », dans les années 70, de l’art-thérapeute, psychologue, auteur et artiste américaine Lucia Cappachione. J’avais envie de partager un peu de son Creative Journal, pour donner un aperçu de ses techniques et puis je me suis dit que son entrée en matière était vraiment belle. C’est de ce travail qu’Anne-Marie Jobin s’est largement inspirée pour faire son livre, ses ateliers, sa formation.

Tenir un Journal Créatif, c’est quoi ?

Comment tout à commencer

Mon propre journal est né durant une période de crise personnelle. J’étais arrivée dans une impasse après avoir traversé une rapide série de changements importants. En quatre ans, j’avais divorcé, déménagé quatre fois, et eu plusieurs jobs différents en free-lance en tant que consultante en design et en éducation. J’élevais également mes deux jeunes filles.

Je sais maintenant que le fruit de sérieuses introspections sont inestimables. Mais l’exploration de soi-même prend du temps, demande de la solitude et du courage. Cela peut être très douloureux. J’avais survécu à quelques années lourdes de crise et réussi à remettre à plus tard ma confrontation avec moi-même. Mais le stress de faire face à tout ces changements me rattrapa finalement et, en 1973, je tombai malade et devins incapable de travailler durant de nombreuses semaines. J’étais pleine de confusion vis-à-vis de la direction de ma carrière comme de ma vie personnelle. Le temps était venu pour moi de m’arrêter et de réfléchir.

Lorsque je tombai malade, les années de douleur et de confusion surgirent tels des monstres primitifs des profondeurs. Je devais faire face à ces « monstres » ou me noyer. Il y eut de nombreuses nuits durant lesquelles je pensai sombrer pour la dernière fois. Je vivais dans la peur de mourir. L’étrange paradoxe, c’est qu’en me confrontant à ma peur de la mort, je me trouvai moi-même et je me créai une nouvelle vie.

Alors que je m’asseyais dans mon lit en m’interrogeant sur comment et pourquoi j’allais me rétablir, j’eus beaucoup de temps pour réfléchir sur ma vie. Je lus beaucoup et dessinai. Je lus L’homme et ses symboles de C.G. Jung et les quatre premiers volumes du Journal d’Anaïs Nin. Ces livres devaient ensuite avoir un profond effet sur mon art, mon travail avec les gens, et ma vie en général.

J’étais particulièrement touchée par les mots d’Anaïs Nin et je sentais qu’elle me parlait directement. En lisant son Journal, je vis que le journal pouvait être un excellent outil pour révéler le Soi, à soi-même, au service de la croissance personnelle. Ainsi, je commençai à tenir un journal et c’est là que je connus la consolation de la libération.

Mon journal débuta comme un compte-rendu de mes sentiments et pensées intimes, un dialogue avec moi-même. En quelques mois, je développai la conscience et le courage de suivre une psychothérapie pour la première fois. Peu de temps après avoir entrepris la thérapie, je commençai à revenir à la vie et, comme je continuais à retrouver énergie et santé, mon mouvement interne se refléta dans les pages du journal. Je commençai à dessiner, à écrire des poèmes, à intégrer des mots et des images organisés ensemble (ndlt : aujourd’hui connu sous le terme de « technique mot-image ») et qui se déversaient sur les pages. Les pages que j’avais rempli de petites et soigneuses lignes d’écriture manuscrite étaient en train d’éclater en des comptes-rendus graphiques et poétiques de mes voyages intérieurs. J’étais bel et bien vivante et je m’exprimais d’une nouvelle manière.

Tandis que je continuais à me déverser dans mon journal, je trouvai spontanément des techniques avec hypersensibilité, aidée par le processus d’introspection, et cela contribua à briser de nombreux blocages. La première année durant laquelle j’ai tenu mon journal, je suis passée de la plus noire dépression à un nuage gris de confusion pour enfin émerger à la lumière du soleil. Tandis que mon œil intérieur s’accoutumait graduellement à la lumière, je pus voir mon futur et marcher avec empressement à sa rencontre. J’étais morte et je renaissais.

Un an et demi après avoir commencé le journal, j’entrai à l’université de psychologie, en troisième cycle, et m’orientai en art-thérapie où je combinai ma formation et mon expérience en tant qu’artiste/enseignante avec un intérêt passionné pour le développement humain. Bien sûr, je continuai à utiliser l’art comme une thérapie dans mon propre journal, développant davantage d’exercices sur les sentiments, les pensées, les souhaits et les projets.

Pendant cette période universitaire, je rencontrai beaucoup de personnes qui tenaient un journal. Avec quelle excitation parlaient-elles du précieux processus de croissance personnelle qu’offre le journal ! Certaines d’entre elles avaient été inspirées par le Journal d’Anaïs Nin, comme je l’avais été moi-même. Je ressentais un profond sentiment de connexion avec toutes ces personnes qui tenaient un journal, et qui étaient en train de s’explorer elles-mêmes, discrètement, dans la solitude, retenues dans les gigantesques magasins de rêves cachés et potentiel créatif.

J’ai commencé à inclure des exercices du journal dans mes groupes d’art-thérapie et mes ateliers de créativité. A ces ateliers, les auteurs de journaux intimes ont surgi en masse de nulle part, ils avaient soif d’idées sur la manière d’utiliser leurs journaux plus productivement, dans un but d’auto-développement créatif. Encouragée par la réponse enthousiaste que j’avais obtenue, je mis en place un cours appelé : Le Journal Créatif : Trouver le Trésor Enfoui à l’Intérieur. Mon premier cours fut sponsorisé par la Y.W.C.A. de Santa Monica. Nous nous rencontrions en petits groupes, faisions les exercices ensemble, et partagions nos réactions et questions. Nous utilisions nos journaux pour libérer nos sentiments, pour faire des auto-évaluations, pour planifier nos carrières et les buts de nos vies, pour construire notre confiance, et dans un but d’expression créative par le biais des mots et de l’art graphique. Par-dessus tout, nous étions en train de développer et de renforcer notre estime de soi et notre pouvoir créatif, et c’est ce qui était le plus réjouissant pour moi. Le cours eut beaucoup de succès et j’ai continué à l’enseigner en privé et dans divers établissements d’enseignement supérieur et autres.

The Creative Journal, the Art of Finding Yourself. Par Lucia Capacchione, Ph. D. Traduction personnelle.

Photo : Jim Ruebsamen, Santa Monica Evening Outlook.

Le cycle de la créativité

Sainte Moumoute de la Créativité, prions pour Elle. Portrait de l’un de mes vils félins. Crayons de couleur et feutre à encre pigmentée. :)

Cela fait un bon moment que j’avais envie de poster cet extrait du Journal Créatif d’Anne-Marie Jobin. J’aime beaucoup le passage qui compare notre créativité aux cycles des saisons. Je me suis souvent interrogée sur mes « pannes » créatives. Étaient-elles normales ? Et puis lorsque nous avons emménagé à la campagne, j’ai lâché prise. De toute façon, je n’avais pas le temps de me concentrer là-dessus, entre les travaux de la maison et la beauté de nos montagnes. C’est à ce moment là que j’ai réellement vécu chaque saison qui passait. J’ai alors compris que ces cycles créatifs étaient naturels, et puisque j’en avais la possibilité, je pouvais reprendre mes pinceaux lorsque l’inspiration reviendrait. Cette liberté m’a fait du bien et j’ai été étonnée de voir naitre ponctuellement de nouvelles peintures, joyeuses, sereines et colorées. Je sais à présent qu’il m’est nécessaire de m’accorder du temps et du repos lorsque le moment se fait sentir. Je pense cependant qu’il est également sain de stimuler la graine de l’inspiration régulièrement, sans urgence, tout en douceur, car l’inaction prolongée nous empêtre dans des questions inadéquates : est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? N’est-ce pas une perte de temps que de peindre ? Je suis nulle, mes dessins sont mauvais, pourquoi m’obstiner ? Etc. (En vérité, la vraie question est : pourquoi me priverai-je de peindre si cela me rend heureuse et épanouie ?) Une fois embourbé là-dedans, il est plus difficile de remettre le train en marche. La clef réside sans doute dans le fait de savoir faire la différence entre le reflux nécessaire de notre créativité et la paralysie induite par le Censeur qui réside en nous.

Mais peut-être est-ce différent pour les autres artistes ?

Voici l’extrait :

Le Cycle de la Créativité

Il y a plusieurs théories au sujet du cycle de la créativité, mais la description que j’ai retenu est encore celle de Clarissa Pinkola Estès. Le cycle de la créativité est un cycle naturel où l’énergie monte et redescend continuellement. On retrouve ce même mouvement dans la nature. Les saisons, ainsi que toutes les plantes, en témoignent. Voici les différentes phases telles que décrites par Pinkola Estès*.

Prenons l’exemple d’une plante dont la graine dort sous la terre, en incubation. Le sol qui se réchauffe au printemps la pousse à remettre en branle son processus de croissance. C’est l’étincelle et la naissance. Puis la plante croit jusqu’à un point culminant, soit la fleur et le fruit, en général en été. En automne c’est le déclin, mais la plante met toute son énergie dans ses graines qu’elle répand avant de mourir. Les nouvelles graines sont en incubation jusqu’au printemps suivant.

Pour les humains, c’est un peu plus complexe. Il semble que l’on ait tendance à vouloir contrôler la nature et ainsi on se bat contre le cycle nature. Il y aurait deux difficultés liées au cycle de la créativité, toujours selon Pinkola Estés. La première est d’accepter le fait que l’énergie monte et redescende. On n’aime pas la phase de déclin. On voudrait toujours être dans l’excitation de ses projets, quand ils coulent et coulent, quand ça fonctionne bien. On refuse les nécessaires passages à vide. On se maintient exalté de force parfois, en négligeant ses autres besoins ou en s’intoxiquant de stimulants ou de drogues diverses. Certains artistes sont restés dans la phase d’exaltation durant des années pour ensuite en payer le prix. On a vu beaucoup de génies créateurs avec des vies très déséquilibrées. Ils et elles ont sacrifié certains aspects de leur vie, par exemple leur santé physique ou leurs relations personnelles, pour leur création. Certains diront que ces sacrifices en valaient le coup, mais à mon avis il est de beaucoup préférable pour la qualité de vie générale d’essayer de s’abandonner au cycle naturel de la créativité, de suivre ses mouvements et ses accalmies.

La seconde difficulté dont parle Pinkola Estés est d’arrêter de bloquer le flot naturel de la créativité. Il faut cesser de polluer la rivière avec nos croyances négatives et nos peurs, avec nos doutes ou un perfectionnisme malsain, avec les critiques impitoyables que nous nous infligeons ou que nous acceptons de recevoir des autres. Polluer la rivière, notre force vitale, a un prix énorme : anxiété, fatigue chronique, dépression, toxicomanies, etc. Ces façons de réagir sont souvent une protection que nous avons érigée contre nos souffrances intérieures et, en ce sens, elles servent à quelque chose, si ce n’est qu’à soulager temporairement l’inconfort. Mais du même coup, elles nous vident de notre énergie vitale. Vient donc un moment où il faut choisir entre le confort du connu et notre vitalité.

* The Creative Fire (2 cassettes, Louisville, CO, Souds True Publishing, 1993.